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Quelques témoignages de Longo Mai

Quelques témoignages de Longo Mai
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 11 Septembre 1999 - SOCIETE

COMMENT ILS SONT VENUS SUR LA COLLINE

La fête des moissons est l'occasion de réunir, une fois par an, l'ensemble de la communauté autour d'un bon repas. Ceux qui viennent d'une autre coopérative apprécient de retrouver les amis de la colline : on laisse alors remonter les souvenirs, on évoque son expérience au sein du collectif et, parfois, on ose glisser une critique.
NORMA MYTTEIS, L'UNE DES FONDATRICES DE LONGO MAØ
" Quand j'ai décidé d'adhérer au mouvement Spartakus, à Vienne, je commençais une carrière de comédienne. C'est Jacob, devenu par la suite mon mari, qui avait fondé ce mouvement alors qu'il terminait ses études de cinéma. Au début des années soixante-dix, un Français, Rolland Perrot, dit Rémi, nous a rejoints en Autriche. Déserteur pendant la guerre d'Algérie, il avait mené des actions remarquées en mai 68, comme d'investir la Sorbonne avec de jeunes délinquants qu'il aidait.
Rémi avait quinze ans de plus que nous à l'époque et il avait fui la France sans un sou en poche. Jacob l'a accueilli chez lui et on a commencé à lutter contre les néonazis, à investir des usines pour dénoncer les conditions de travail des ouvriers. J'ai abandonné le théâtre classique pour chanter des chansons engagées dans les rues de Vienne. C'est à Vienne que l'on a fondé les bases de ce qui allait devenir Longo Maï. Nous souhaitions nous approprier les moyens de production et vivre de manière autonome pour construire un monde différent et crier contre les injustices. On a essayé de mettre ça en pratique dans le sud de la France. En fait, le collectif donne à chacun la possibilité de prendre sa vie en main. Moi, j'ai décidé de poursuivre le théâtre et la chanson : j'ai enregistré des pièces radiophoniques et musicales. Et puis je me suis mise à la phytothérapie. Je fabrique et je vends des huiles essentielles.
En ce qui concerne l'histoire du collectif, cela n'a pas toujours été facile : on n'était pas forcément d'accord sur les décisions à prendre. Au début, parce que l'on était menacé de l'extérieur, on était plus raide sur la sélection : on avait peur que la solidarité ne tienne pas. L'éducation des enfants pouvait être rigide aussi et j'ai essayé de me battre pour que l'on n'influence pas trop les jeunes. J'ai toujours respecté leurs détours et leurs doutes. Aujourd'hui, Longo Maï me paraît être plus que jamais d'actualité. La preuve : on a fait des " petits " à l'étranger et notre expérience s'adapte très bien à d'autres cultures. "
 
FREDERIC, 32 ANS, JARDINIER SUR LA COLLINE DE LIMANS


" Je suis arrivé à Longo Maï il y a trois ans. J'ai décidé de partir d'Amiens, pour rejoindre le collectif, après avoir lu un le livre de Luc Willette*. Cette idée de vie collective me trottait dans la tête depuis longtemps, mais aucun de mes amis ne voulait me suivre dans l'aventure. J'avais fait onze ans d'études de sociologie et de sciences politiques et je n'avais aucune idée du métier que je souhaitais exercer. Longo Maï m'a attiré pour plusieurs raisons. La politique tout d'abord : j'ai toujours rejeté la société capitaliste et la guerre parce qu'elles imposent des relations hiérarchiques et autoritaires. · Longo Maï, j'ai trouvé des gens qui partageaient mes idées. L'éducation ensuite : j'ai souffert étant enfant de cette relation étriquée autour des parents. Le modèle du collectif, avec plusieurs référents adultes, m'attirait beaucoup plus. Maintenant, je m'investis dans de nombreuses activités : je suis jardinier et je m'occupe des commandes de livres pour l'émission de Radio Zinzine, Un livre, un jour. Je vais aussi sur le marché de Forcalquier vendre les produits de la ferme. Pour moi, la seule contrainte du collectif, c'est son passé. Quand on vient d'arriver, on est obligé de porter ce poids. On a l'impression que tout a été défini et que quelque chose résiste à l'évolution. "

DENIS, 35 ANS, BERGER · LA FERME DE TREYNAS (Ardèche)

" Je suis arrivé à Longo Maï en 1984, à l'âge de dix-neuf ans. · l'époque, je n'avais pas de projet précis. La seule chose dont j'étais sûr, c'était que je ne voulais pas rester vivre en ville, à Charleroi (Belgique), où j'avais passé toute mon enfance. Alors je suis parti sur les routes de France et j'ai débarqué un peu par hasard sur la colline de Limans. Je me suis souvenu que mon père, qui était très politisé, y avait fait plusieurs séjours suite à une rencontre avec les fondateurs du groupe Spartakus. Des jeunes de mon âge sont arrivés en même temps que moi. On a donc démarré à plusieurs ici, à une époque où Longo était encore un bastion.
Cela a été plus facile de s'intégrer. Très vite, je me suis intéressé à l'élevage et je suis devenu berger. Je trouvais intéressant de maîtriser la totalité d'une filière de production, de la tonte à la confection, et de travailler en autogestion. J'ai aussi participé à des campagnes de récolte de fonds et fait de la radio.
Et puis, au bout de dix ans, les jeunes de ma génération ont eu envie de construire leur propre projet, d'avoir une autonomie. On était arrivé dans une structure établie et on ne voulait pas s'endormir sur des acquis. On est parti en Ardèche, à une quinzaine, et on a rouvert une ferme de Longo Maï qui était abandonnée pour y faire de l'élevage de moutons. Maintenant, nous sommes une vingtaine d'adultes et douze enfants. On est moins nombreux que sur la colline, mais on a gardé un lien fort avec elle et maintenu un mode de vie collectif. Nous fonctionnons aussi comme un vrai pôle de remise en questions pour la communauté, car nous sommes les seuls à travailler à l'intérieur et à l'extérieur du collectif. Ce que j'aime à Longo, c'est que l'on peut avancer à son rythme dans l'élaboration d'un projet personnel. On peut y prendre ce que l'on veut et repartir : tout cela est difficilement quantifiable ! Certes, il peut y avoir des décalages de générations. Je pense que chacun à Longo Maï, jeune ou moins jeune, devrait se demander : doit-on continuer à agir comme au début ?

E. N.

*Un livre incontournable écrit par un ami du collectif, aujourd'hui décédé : Luc Willette, Longo Maï, vingt ans d'utopie communautaire, Syros, Paris, 1993.
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# Posté le dimanche 28 décembre 2008 06:59

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