Pour fabriquer l'électricité nécessaire à ces machines, nous avons accouplé un moteur de Ford Anglia et un alternateur provenant de l'armée américaine en Allemagne. Entre le militaire américain et la vieille anglaise, le courant passait bien. Mais le moteur consommait de l'essence. Nous avons alors fabriqué un gazogène, appareil qui transforme le bois en gaz et qui était en usage pendant la dernière guerre mondiale. Nous avons un bouquin de 1942 sur la question qui commence par cette phrase : "La femme enfante dans la douleur ; les peuples dans l'épreuve". Quelle époque épique ! Nous avons donc produit notre électricité à partir du bois.
Nous en avons profité pour mettre le gazogène sur une remorque derrière un fourgon et sommes allés nous promener sur la route sans essence. Ce moment a été pour nous une émancipation mentale. Après avoir constaté qu'on pouvait même se passer des émirs, nous n'avons plus eu peur de rien.
Nous voulions par exemple faire de la sérigraphie, et il nous fallait une base à vide, machine très chère qui aspire le papier par un grand nombre de trous pour le maintenir à plat. Après avoir demandé leur documentation à tous les marchands de bases à vide de Paris, nous avons fait une synthèse des différents modèles proposés et l'avons fabriquée de toute pièce à partir de matériaux de récupération. Il a fallu percer 5000 trous. 3 jours. Elle semblait sortir du magasin, et marchait très bien... »