Comment gèrent-ils ce problème posé par leur constitution : « dans la même ligne éthique, nous refusons toute technologie qui pourrait donner une position de pouvoir » Mais le savoir-faire du vin et du pain ne sont-ils pas certaines formes de pouvoir ? Non, car au contraire, ces savoir-faire impliquent beaucoup de responsabilités, et c'est un poids. Le seul moyen est de partager les problèmes au cours des réunions hebdomadaires de la communauté.
Je demande à Gianfranco, l'un de ces Comunardi, que pense t-il de la longévité d'Urupia. Deux éléments sont en sa faveur : le premier est que les Comunardi n'ont pas bâti tout en un jour. De longues années d'effort explique qu'ils y ont posé, aujourd'hui, et pour longtemps, leur marque.
Le second est que la communauté est ouverte. Du sang neuf vient régulièrement nourrir Urupia. Des efforts en plus, de nouvelles idées. Les produits vendus uniquement sur réputation sont aussi les garants de cette popularité. Et puis l'ouverture attirant de possibles nouveaux Comunardi, comme Silvia ou Serenella aujourd'hui.
Pour régler leurs problèmes économiques, n'ont-ils jamais pensé faire payer les gens qui venaient ici ?
Bien que je ne partage pas cette idée, il me semblait intéressant de l'aborder, sachant que beaucoup de communautés font ainsi. Et Gianfranco me répond que oui, c'est une question actuelle. Mais il faut faire la part des choses : faire payer les gens qui ne viennent ici que pour les vacances et ceux qui ne viennent ici que pour quelques jours. Ceux-là ne dépensent pas leur force dans le travail communautaire. Il n'y a donc aucun intérêt à les nourrir sans perturber l'équilibre de l'ensemble.
Avec Gianfranco, nous parlons de l'éducation. Il était question, il y a longtemps, de proposer une éducation aux enfants d'ici. Mais Gianfranco voulait, ayant aussi un fils, proposer à ces enfants le choix de vivre ici ou ailleurs. En effet, une telle éducation handicape les enfants si elle n'est pas reconnue par l'état... L'idée a donc été rangée au placard. Pour l'instant.
Ce soir, j'écris sur ces pages alors que l'accordéon de Vito raisonne dans la pièce. Il vient de me jouer un Yann Tiersen, la Valse des Monstres, son morceau préféré. Ce soir, j'ai assisté à un coucher de soleil miroitant sur un millier de nuages rosés.
Et ce soir, comme tous les soirs, des langues diverses vont s'entremêler, et des épaules se serrer.
